Le mouvement social en Grèce (partie°1 / Les émeutes de 2008)

Le mouvement social en Grèce.

Grèce / émeutes (2008)


Il y a déjà deux ans, la Grèce toute entière s’embrasait suite à la mort d’Alexandros Grigoropoulos, un jeune de 15 ans abattu par la police grecque le 6 décembre 2008 autour de 21h, dans le quartier d’Exarchia à Athènes, le quartier étudiant de la ville. La version de la police, selon laquelle il lançait « 
des pierres ou un cocktail molotov » sur le véhicule de la patrouille responsable du meurtre, avec un groupe « d’une trentaine d’autres jeunes » a été rapidement contredite par une vidéo amateur
qui montre qu’il ne s’agissait que d’une « simple altercation verbale entre deux jeunes et la police, fait assez courant dans ce quartier« , et qui en aucun cas ne justifie l’emploi d’armes à feu. On reconnaît aisément la bonne vieille méthode des flics: la meilleure défense c’est l’attaque.

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Une des dernières photos d'Alexandros Grigoropoulos, avant son assassinat par la police grecque

« A la nouvelle de cette mort, des émeutes de grande ampleur éclatent le soir même dans la ville, surtout dans Exarchia, sur Ermou et sur Akadimias, et près de l’université (seize banques, une vingtaine de magasins et une vingtaine de voitures incendiées sans compter les kiosques et les poubelles), ainsi qu’à Thessalonique près de l’université (cinq banques et des magasins), à Patras (200 manifestants), à Komotini, à Ioannina (50 manifestants), en Crète (La Canée et Héraklion) et à Corfou; partout la police réplique assez violemment avec des gaz lacrymogènes et charge les manifestants dans les rues.

Le lendemain, dimanche 7 décembre, des manifestations pacifiques ont réuni autour de 5 000 personnes à Athènes près du Musée national archéologique et 2 000 personnes à Thessalonique. A cette date, le bilan est de quatorze policiers et six manifestants blessés. Les enseignants d’université qui avaient déjà prévu de se joindre à la grève générale de mercredi 10 décembre ont commencé une grève de trois jours dès le 8 décembre. C’est aussi dimanche que deux policiers sont mis en examen, l’un pour meurtre prémédité et l’autre pour complicité.

Le lundi 8 décembre, les incidents se poursuivent. Le KKE a appelé à des manifestations dans l’après-midi de lundi. Trikala, à son tour, est touchée. Des manifestants / émeutiers sont retranchés dans deux des universités athéniennes, dont la symbolique école Polytechnique et dans l’université de Thessalonique. Deux des principales voies d’accès à la capitale, ainsi que son réseau de transports urbains ont été bloqués par des manifestants. Trois cents personnes affrontent les forces de l’ordre à Thessalonique.

Le mardi 9 décembre, la police affirme avoir arrêté 150 personnes « dont certaines pour des pillages », et d’après Reuters, « plus de 130 boutiques ont été détruites dans la seule capitale ».

 

(Lire la suite sur Wikipedia)

Les émeutes en 2008 suite au meurtre d'Alexandros embrasent le pays

Des étudiants grecs insultent les flics locaux

Des émeutiers saccagent l'intérieur d'une... banque !

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L'arbre de noël géant d'une gallerie commerciale brûle... L'hiver était chaud !

Un manifestant grec en plein lancer de projectile

Une scène d'émeute à Athènes

Poulet grillé.

Plus de détails sur le déroulement des émeutes :
voir la brochure Jours de Rage.

Le mouvement anarchiste


Le ministre de l’Intérieur du gouvernement de droite, Prokópis Pavlópoulos, tente de présenter sa démission, mais elle est refusée par le Premier ministre Konstantínos Karamanlís. Si le pays connaît une telle explosion, ce n’est pas seulement sous le coup de l’émotion provoquée par le meurtre d’Alexandros Grigoropoulos; plusieurs facteurs expliquent la force et la profondeur du mouvement. La presse a beaucoup parlé de l’exaspération de la jeunesse grecque, confrontée au chômage (y compris des diplômés) et à un coût de la vie élevé, alors que disparaissent progressivement les fonctions sociales de l’état. Il faut aussi prendre en compte le développement historique des luttes sociales en Grèce.

« Peu de gens savent que le mouvement anarchiste grec est considérablement le plus fort dans le monde, par rapport à une population donnée. Il bénéficie également d’un large soutien, de par le biais de son héritage de lutte sociale et de résistance contre la dictature militaire de 1967 à 1974. Les manifestations avec des affrontements violents sont fréquents en Grèce. Presque tous les deux mois de dures batailles rangées oposent la police et les anarchistes dans les rues d’Athènes et de Thessalonique. Les événements que nous voyons maintenant ne varient que par l’étendue et la durée, et non par leur niveau de militantisme.

Un autre facteur rarement pris en compte est que la Grèce est un pays où l’appareil de sécurité de l’État est relativement tenu en échec par la population elle-même. Par exemple, le rapport de 2007 de Privacy International sur la surveillance de la police ont montré que la Grèce est le seul pays au monde où il ya des recours contre les abus du gouvernement concernant le contrôle des citoyens. L’héritage de la dictature a créé une image durable de la police comme intrinsèquement oppressive, même parmi les couches de la classe moyenne. « 

(Lire la suite sur Le Jura Libertaire – au bas de la page)

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Les étudiants

Les émeutes de 2008 bénéficient d’un climat de crise aux proportions mondiales et de scandales politiques et financiers nationaux (corruption, détournement de fonds) qui alimentent les tensions. « Selon un sondage du journal Kathimerini, 60% des personnes interrogées considèrent que les évènements font partie d’une « réaction sociale » (social uprising) plus large. » De plus, « la communauté étudiante – qui compose le gros des émeutiers – est aussi très mécontente et s’oppose à toute une série de lois proposant la réforme du système éducatif national depuis 2006 », c’est à dire les réformes de privatisation de l’éducation publique qui ont lieu dans tous les pays européens dans le cadre du processus de Bologne, et contre lesquelles se sont mobilisés les étudiants français en 2007 (LRU), les étudiants italiens en 2008 (Onda Anomala), les étudiants et enseignants français en 2009 (Mouvement des Universités), les étudiants autrichiens et allemands depuis fin 2009… et la liste n’est pas exhaustive. Dès 2007 en Grèce, « le comportement des forces de police, largement dénoncé comme attaquant et arrêtant arbitrairement des manifestants afin de réduire l’opposition, a accru la tension entre les groupes étudiants et la police », et on remarque que « les manifestations étudiantes deviennent violentes ».

Les étudiants ont joué un grand rôle dans le mouvement social grec, et bénéficient du prestige que leur confère leur participation à la chute du régime des colonels, qui prennent le pouvoir le 21 avril 1967. L’occupation de l’école Polytechnique (Politechnion), à laquelle les étudiants participent, n’est pas seulement une révolte étudiante mais une véritable révolte populaire. L’évacuation de l’école Polytechnique par les chars le 17 novembre 1974 est le point culminant d’un mouvement qui a duré des mois, initié par les étudiants dès 1973.

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« Le mouvement étudiant reprend avec la nouvelle saison universitaire et le 14 novembre un important rassemblement d’étudiants aux propylées de l’Ecole polytechnique d’Athènes réclame la tenue d’élections estudiantines immédiates. Le régime militaire avait promis des élections dans les organisations estudiantines mais seulement l’année suivante. Les étudiants se mettent en grève. Dans la foulée, les facultés de Médecine et de Droit rejoignent la révolte des étudiants de l’Ecole Polytechnique tandis que la liste des revendications s’allonge. Des centaines d’étudiants et de citoyens d’Athènes se rassemblent devant l’Ecole Polytechnique.

Les étudiants décident d’occuper l’établissement et de s’enfermer à l’intérieur de l’Ecole. La police tente d’infiltrer le mouvement, disperse avec des bombes lacrymogènes la foule rassemblée à l’extérieur de l’Ecole, nettoie les barrages élevés par les manifestants dans les rues avoisinantes, mais elle s’avère incapable de renverser le mouvement qui à l’intérieur s’organise. À l’Ecole de Chimie une radio libre appelle au soulèvement général et au soutien de la population. Heure par heure, la foule qui afflue vers l’Ecole polytechnique s’allonge. Dans les rues d’Athènes, les affiches, les tags contre la dictature sur les bus, en général les signes de contestation du régime se multiplient. Le 16 novembre, Georgios Papadopoulos, président du régime et chef de la junte, constatant l’incapacité de la police de réprimer la révolte des étudiants, décide de faire appel à l’armée.

Au petit matin du 17 novembre 1973, les tanks de l’armée pénètrent dans l’Ecole polytechnique en même temps que la chasse aux étudiants commence par des unités de la police militaire. Les étudiants tentent de s’enfuir se réfugiant dans les immeubles avoisinants. Papadopoulos proclame la loi martiale. Officiellement 840 personnes sont arrêtées et les morts s’élèvent à 34, mais à la chute du régime ces chiffres s’avèrent nettement supérieurs : on parle de 2400 personnes arrêtées et des dizaines de blessés auraient succombé à leurs blessures dans les jours suivant l’intervention des tanks. »

L'évacuation de l'occupation de l'école Polytechnique d'Athènes par l'armée le 17 novembre 1974


« Malgré la répression du mouvement, le colonel Papadopoulos n’arrivera pas à assurer sa survie. Une semaine plus tard, le 25 novembre, il est renversé par son chef de la Police militaire, le général Ioannidis, lequel durcira encore plus le régime répressif l’entraînant à sa chute l’été suivant lorsqu’une intervention malheureuse à Chypre provoquera l’invasion de l’île par l’armée turque et, devant le risque d’un conflit armé généralisé de la Grèce avec la Turquie, le régime militaire se résout à appeler Constantinos Caramanlis de l’exil pour qu’il installe un nouveau gouvernement provisoire qui entreprendra la restauration de la démocratie.

La date du 17 novembre est aujourd’hui un jour de commémoration nationale et un jour férié pour les écoles en Grèce. »

(Plus de détails sur Futur Rouge)

Les universités et les écoles sont depuis ses débuts des bastions du mouvement anarchiste grec. La radicalisation des lycéens et étudiants en lutte contre les réformes de l’éducation (impulsées au niveau européen) depuis 2006 a amené des milliers de jeunes à participer aux émeutes de 2008. Selon un militant grec, interrogé par Crimethink (un réseau anarchiste américain) environ un tiers des émeutiers participaient à ce genre d’action pour la première fois. Pour plus de précisions, l’entretien de Crimethink est très bien fait, et il aborde beaucoup de questions intéressantes (modes d’organisation, population, stratégies de rue…), mais il est en anglais. On peut traduire la page avec Google, mais ça demandera un petit effort de déchiffrage aux plus courageux d’entre vous.

(L’entretien sur Crimeth.Inc Far East – et la traduction de Google en français)

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solidarité avec les émeutes en Grèce

Les émeutes grecques de 2008 ont eu un retentissement international sans précédent. Les textes et déclarations des étudiants grecs ont été très largement traduits et diffusés, et des manifestations ont eu lieu partout dans le monde (voir la chronologie des manifestations de soutien).

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Epaminondas Korkoneas, l'assassin d'Alexandros, lors de son arrestation

Epaminondas Korkoneas, l’assassin d’Alexandros Grigoropoulos

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Pour ce qui est des deux flics inculpés pour le meurtre, Epaminondas Korkoneas est poursuivi pour homicide volontaire, et Vassilis Saraliotis pour complicité dans la mort d’Alexandros Grigoropoulos. Leur procès, qui devait s’ouvrir le 20 janvier, est en cours.

« Les autorités grecques ont choisi de délocaliser le procès dans le centre du pays, dans la petite ville montagneuse d’Amfissa (à environ 200km à l’ouest d’Athènes). Elles craignent de nouvelles manifestations de la part de groupuscules d’extrême gauche, chefs de file des violences urbaines qui ont secoué le pays après la mort de l’adolescent. Plusieurs centaines de policiers ont été déployés dans la ville vendredi.

(…)

Epaminondas Korkoneas, 39 ans, a affirmé que le lycéen avait été tué par un tir de sommation en l’air qui a ricoché. « Je n’accepte pas de porter la responsabilité de la mort de qui que ce soit », a-t-il déclaré devant le tribunal. Vassilis Saraliotis, 33 ans, a assuré pour sa part qu’il était innocent et qu’il le prouverait.
« Je n’ai rien à voir avec les actions de mon collègue », a-t-il dit. »

(Lire la suite sur le Nouvel Obs)


la défense "soucoupe volante"

La défense évoquée par Korkoneas, qui prétend que c’est un tir de sommation
(donc, en l’air, normalement) qui aurait ricoché sur un objet inconnu et ainsi « accidentellement » atteint Alexandros est la même utilisée par Mario Placanica,
le flic responsable du meurtre de Carlo Giuliani, l’étudiant assassiné par la police italienne lors du contre-sommet du G8 à Gènes en 2001, et qui lui a permis
d’obtenir un non-lieu malgré des preuves accablantes (
plus de détails ici).

Rendez-vous dans la deuxième partie de cet article
pour la suite des infos sur le mouvement social grec.

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